Les Années folles

1919-1929

Euphorie, plaisirs et inégalités sociales


Les Années folles désignent les années vingt, période marquée par une aspiration nouvelle à la liberté et à la joie de vivre, par une grande effervescence culturelle et intellectuelle, mais aussi par une remise en cause des valeurs d'avant-guerre.

Les Années folles furent une période d'intense soulagement et de libération, après cinq longues années d'un conflit qui avait mobilisé toutes les forces du pays, soumis celui-ci à la censure et à l'austérité économique, et provoqué, dans toutes les couches de la population, une saignée sans précédent : alors que le pays se couvrait de monuments aux morts et honorait ses "poilus", le sentiment se développait qu'après la "der des der" (la dernière des dernières en parlant de la 1ère Guerre mondiale), la Belle Époque était bel et bien révolue et qu'une nouvelle période, peut-être porteuse des solidarités et des mutations qu'avait fait naître l'effort de guerre, allait commencer.

Les États-Unis connaissent alors une croissance rapide fondée sur une augmentation de la production industrielle et de la spéculation boursière. L'extraordinaire abondance dont jouissait le pays semblait devoir durer. Seuls les agriculteurs restaient exclus de cette prospérité en raison de la baisse des prix des produits de gros.

Confrontée à une profonde crise économique au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Europe était entrée dans une phase de croissance vers 1925-1926. La France, grâce aux investissements étrangers, connut alors une hausse rapide de sa production industrielle et son commerce devint excédentaire. Soumise au paiement de très importantes indemnités de guerre, l'Allemagne plongea dans le marasme économique au début de la décennie (effondrement de la monnaie et inflation considérable). Grâce aux énormes prêts consentis par les banques américaines, elle parvint ensuite à retrouver la croissance. Le Royaume-Uni, quant à lui, était confronté à l'inadaptation de son appareil industriel, désormais obsolète, et ne parvint pas à retrouver l'équilibre économique au cours des années 1920. Le pays fut secoué par une forte agitation ouvrière qui atteignit son apogée lors de la grève générale de 1926.

Ces Années folles furent avant tout un phénomène culturel, marqué par la créativité et l'exubérance. Leur principal centre fut le quartier parisien de Montparnasse, où se rassemblaient, dans un triangle formé par les cafés le Dôme, la Coupole et la Rotonde, toute une bohème cosmopolite de peintres, de sculpteurs , de photographes et de modèles, ainsi que de nombreux écrivains, dont ceux du mouvement surréaliste et les Américains de la lost generation. Ces derniers, parfois entrés en contact avec l'Europe à l'occasion de la guerre, comme Ernest Hemingway, trouvèrent à Paris un dépaysement et une liberté de ton que ne leur offrait pas l'Amérique de la prohibition, et participèrent à l'influence de la culture nord-américaine sur la vieille Europe. Paris devint, pour certains, le centre des plaisirs et d'une vie au luxe ostentatoire, où le goût de l'excentricité se conjugua avec celui de la nouveauté, qui fit le succès du jazz et du charleston, de Joséphine Baker et de sa Revue nègre, comme celui de la "croisière noire", lancée en Afrique par André Citroën.

Limitée surtout, en fait, à une élite fortunée, cette période d'exubérance vestimentaire — et parfois sexuelle —, dont le peintre Van Dongen ou le Paul Morand d'Ouvert la nuit et de l'Europe galante se firent les observateurs, donna naissance à un art de vivre symbolisé par les créations de Coco Chanel et le style Art déco, et dont la diffusion auprès du plus grand nombre fut favorisée par l'essor de la presse, de la radio et du cinéma. Un des plus fameux archétypes de la période fut le personnage principal du roman de Victor Margueritte, la Garçonne (1922), que sa liberté vestimentaire et sexuelle entourait d'un parfum de scandale.

Période de forte expansion économique, les Années folles s'achevèrent sous les coups de la grande crise de 1929 qui marqua le début, en France comme partout dans le monde, d'une période de repli et de la fin de l'insouciance. En fait, à l'exception du domaine culturel, où elles furent d'une richesse exceptionnelle, les Années folles ne changèrent pas profondément la société d'une France aux structures sociales encore rigides (ainsi, l'emploi des femmes n'a guère survécu à la démobilisation), toujours ancrée dans la ruralité et le goût de l'épargne, victorieuse de la Grande Guerre mais obsédée par la peur d'un nouveau conflit, et frileusement retirée dans un pacifisme viscéral, qui allait l'affaiblir face à la montée des idéologies nées de la crise économique.

 

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